Lorsque vous dirigez une SASU, le choix du régime fiscal — Impôt sur les Sociétés (IS) ou Imposition sur le Revenu (IR) — influe directement sur la trésorerie de la société, la rémunération nette du dirigeant et la stratégie de distribution des dividendes. Ce guide explique clairement les mécanismes, propose des hypothèses simples et donne des scénarios chiffrés pour éclairer votre décision.
Rappels simples des deux régimes
Impôt sur les Sociétés (IS) : la société est imposée sur son bénéfice au taux de droit commun (25 % en règle générale depuis 2022). Le bénéfice net après IS peut être laissé en réserve ou distribué sous forme de dividendes. Les dividendes versés au président d’une SASU sont en pratique soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’impôt sur le revenu + 17,2 % de prélèvements sociaux), sauf option pour l’intégration au barème progressif.
Impôt sur le Revenu (IR) : la société n’est pas imposée séparément ; le résultat remonte directement au foyer fiscal de l’associé unique et est taxé selon le barème progressif de l’IL’option pour l’IR est généralement limitée dans le temps (souvent 5 exercices selon les règles applicables). Ce régime peut pénaliser les dirigeants dont le revenu varie fortement ou dépasse des tranches élevées de l’IR.
Ce que cela change pour la trésorerie
Les différences pratiques se résument souvent à : quand payez-vous l’impôt et combien reste-t-il immédiatement dans la société pour investir ou couvrir des charges ? Sous IS, l’impôt est payé par la société sur son bénéfice et la trésorerie disponible après paiement de l’IS est libre (moins ce que vous distribuez). Sous IR, l’impôt est payé par l’associé sur sa part de bénéfice, ce qui peut réduire fortement la trésorerie personnelle mais laisse la société avec moins d’obligations fiscales propres.
Points clés à peser
- Besoin de trésorerie immédiate : IS permet parfois de lisser l’impôt si vous préférez laisser des réserves dans la société.
- Régularité des revenus : l’IR est plus pénalisant si vos revenus sont irréguliers et entraînent des pics d’imposition.
- Project de distribution : si vous comptez distribuer une grande part des bénéfices, l’impact du PFU (30 %) sous IS est à comparer au taux marginal d’IR du dirigeant.
- Durée d’option : l’IR peut être limité dans la durée, donc regardez l’horizon temporel de votre activité.
Scénarios chiffrés (hypothèses et simplifications)
Pour rendre les comparaisons concrètes, voici trois scénarios simplifiés. Hypothèses retenues : charges hors salaire = 30 % du chiffre d’affaires, IS = 25 %, PFU sur dividendes = 30 %, charges sociales sur salaire approximées pour le calcul du net (valeur indicative). Ces chiffres servent d’illustration et doivent être validés par un expert-comptable.
| Scénario | CA | Hypothèse de rémunération | Régime | Observation |
|---|---|---|---|---|
| Profil A — Débutant | 40 000 € | Salaire modéré (faible besoin de trésorerie perso) | IR | Souvent avantageux si revenus modestes ; imposition au barème peut être faible. |
| Profil B — Consultant | 120 000 € | Mix salaire + dividendes | IS | Permet d’optimiser : payer un salaire pour couvrir charges sociales et prendre le reste en dividendes soumis au PFU. |
| Profil C — Croissance importante | 300 000 € | Salaire élevé + dividendes réguliers | IS | Souvent préférable pour lisser l’impôt et conserver de la trésorerie en société. |
Exemple numérique simple (profil B)
CA 120 000 €, charges hors salaire 36 000 € (30 %), reste 84 000 € pour salaire + résultat. Si vous versez 48 000 € de salaire (coût pour l’entreprise variable) et laissez 36 000 € de bénéfice imposable :
- IS à 25 % sur 36 000 € = 9 000 € d’impôt ; bénéfice après IS = 27 000 €.
- Si vous distribuez ces 27 000 € en dividendes, PFU 30 % = prélèvements totaux 8 100 €, vous recevez net ≈ 18 900 €.
- Le salaire net perçu dépendra des cotisations : à titre indicatif un salaire brut de 48 000 € donnera un net annuel sensiblement inférieur après charges salariales (à chiffrer précisément avec votre taux appliqué).
Sous IR, si la totalité du résultat (après déduction des charges effectives) est taxée au barème, le montant d’impôt peut être supérieur ou inférieur selon votre tranche marginale. En cas de tranche élevée, IS + PFU peut être plus avantageux.
Conseils pratiques avant de trancher
- Faites une simulation chiffrée année par année en testant plusieurs niveaux de salaire et de distribution. Un tableur simple suffit pour visualiser la trésorerie nette.
- Consultez un expert-comptable : les règles sociales et fiscales sont techniques (cotisations, déductibilité, règles spécifiques pour les dividendes selon le statut du dirigeant).
- Anticipez les besoins de trésorerie pour 6 à 12 mois : si vous devez conserver de la cash, l’IS permet parfois de repousser la redistribution.
- Vérifiez les conditions de l’option IR et sa durée : elle peut être contraignante si vous souhaitez changer rapidement de régime.
En résumé, il n’existe pas de réponse universelle : pour de faibles niveaux de revenus, l’IR peut être plus simple et moins coûteux ; pour des revenus plus élevés ou une stratégie de distribution, l’IS combiné à un mix salaire/dividendes s’avère souvent plus optimisé. Faites vos simulations et confrontez-les à un professionnel avant de décider.




